Marie-Dorothée

de Croÿ (Princesse Mimi)

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Le Château d’Azy à St-Benin (Nièvre)

La Maison de Croÿ

La très illustre Maison de Croÿ remonte aux Rois de Hongrie, de la dynastie des Arpad, que la légende fait remonter à Attila.

Marc de Hongrie, chassé par son frère et dépossédé de son royaume, se réfugia en France, en 1147. Il épousa Catherine de Croÿ. De ce mariage est issue l'actuelle maison princière et ducale de ce nom.

La Maison de Croÿ est du nombre de ces grandes familles dont le nom et l'existence politique se trouvent liés depuis plusieurs siècles à tous les évènements remarquables de l'histoire. Un caractère qui lui est propre, ou du moins qu'elle ne partage qu'avec très peu de maisons illustres. C'est que plus, on remonte vers le berceau de son origine, plus on trouve de monuments qui attestent de sa noblesse, de sa puissance et de son antique splendeur. Elle fut admise à siéger, parmi les princes, aux diètes de l'Empire, depuis l'année 1486.

Longtemps avant cette époque et, depuis, sans interruption, la maison de Croÿ n'a pas cessé d'être appelée aux places les plus éminentes du clergé, de la diplomatie, de la cour et des armées de France, en Bourgogne, en Allemagne, en Espagne et aux Pays-Bas.

Elle a donné naissance à deux cardinaux, l'un en 1517, archevêque de Tolède, primat d'Espagne et chancelier de Castille, l'autre grand aumônier de France et archevêque de Rouen ; deux évêques et ducs de Cambrai, princes du Saint-Empire ; cinq évêques de Thérouanne, de Tournai, de Camin, d'Arras et d'Ypres ; un grand-bouteiller, un grand-maître et un maréchal de France ; six chevaliers de l'Ordre du Saint-Esprit ; un tuteur et gouverneur de la personne de l'empereur Charles Quint, grand-chambellan, grand-amiral et premier ministre de ce monarque ; un grand chambellan et premier ministre de Philippe le Bon, duc de Bourgogne ; un grand-maître et plusieurs maréchaux de l'Empire ; un grand-écuyer du roi d'Espagne, un dignitaire de la même charge près d'Emmanuel-Philibert, duc de Savoie, en 1555 ; un gouverneur-général des Pays-Bas en 1573 ; treize généraux des armées bourguignonne, impériale et espagnole et sept généraux au service de la France ; un généralissime des années du Tsar Pierre le Grand, quatre chefs du Conseil des finances aux Pays-Bas et un surintendant des finances de Philippe III, roi d'Espagne ; enfin un grand nombre d'ambassadeurs et de ministres plénipotentiaires aux diètes de l'Empire, en France, en Espagne, en Italie et en Angleterre.

A ce brillant palmarès fait par le chevalier de Courcelles, ajoutons que cette maison a donné naissance également à des députés, des sénateurs et Pairs de France.

Le Gouvernement du duché de Brabant et des comtés de Flandre et de Hainaut a été pour ainsi dire, héréditaire dans cette maison. Deux de ses branches sont depuis plus de deux siècles en possession de la grandesse d'Espagne, et elle offre l'exemple unique, même panai les maisons princières où l'on remarque le plus d'illustrations, de compter en 1979, trente-deux chevaliers de l'Ordre de la Toison d'or.

Les Croÿ en Nièvre

L'histoire, il est vrai, a chez les Croÿ un précédent dans le Nivernais, au temps des derniers Valois. Catherine de Clèves, fille du duc de Nevers, épousa Antoine de Croÿ, en octobre 1560. C'était le premier lien de cette famille dans la région. Veuve après six ans de mariage, elle épousa Henri de Lorraine, le célèbre Duc de Guise, dit le Balafré, assassiné à Blois par les sbires d'Henri III. Catherine de Nevers était fort belle et de mœurs légères. Le Balafré était un homme fier et cruel, qui fit tuer quelques-uns des galants de la belle Catherine. Un soir, excédé, il entra dans sa chambre, tenant d'une main un poignard et de l'autre une coupe d'argent, remplie d'un breuvage noir. Pour la punir de son infidélité, il lui donna le choix de mourir sous le poignard ou par le poison. Malgré ses larmes et ses supplications, il lui fallut choisir et elle but la coupe, se mettant aussitôt en prière pour attendre sa fin prochaine.

Une heure après, le duc revint lui apprendre que le breuvage était un excellent consommé, le meilleur qu'avaient produit ses cuisines !

Quand elle épousa le Prince de Croÿ, on lui avait prédit que cette femme fatale portait la mort avec elle. Croÿ mourut jeune, et le Balafré sous les dagues des Quarante-cinq. Elle survécut trente ans au Duc de Guise et finit ses jours dans la prière et l'aumône. On l'enterra dans l'église d'Eu, en face de son mari, mais, sur son mausolée, par une singulière bévue de l'artiste, c'est elle qui porte la balafre sur son visage !

Quant aux Benoist, ils sont plus calmes et viennent d'Angers, où, comme maire de cette ville, ils ont été anoblis par Louis XV. A Saint Benin d'Azy arriva, avant la Révolution, un M. Brière, qui acquit la seigneurie d'Azy. Sa fille, Alexandrine, épousa Denis Benoist, inspecteur des finances et député de la Nièvre qui prit le nom de sa terre et devint Benoist d'Azy. M. Brière était entreprenant et, sous l'Empire, fit revivre la vénerie dans la Nièvre, formant une meute avec des chiens venus des Deux Sèvres ; il détruisit ainsi quelque 1.200 loups dans les bois du Nivernais. Il rêvait d'avoir des chevaux rapides et robustes et, avec ses étalons, obtint une race, connue sous le nom de race d'Azy. Décidément cette terre donnait son nom à tout le monde !

Son gendre, Benoist d'Azy, n'était pas moins actif, mais la politique était son occupation favorite. Il fut successivement député de la Nièvre, à Château-Chinon, comme légitimiste, contre Louis-Philippe, puis député du Gard, où il avait fondé les usines métallurgiques d'Alais. Entreprenant et populaire dans les deux départements, il fut, en même temps, l'élu du Gard et de la Nièvre à l'Assemblée nationale de I87I et opta pour la Nièvre, où il représentait le parti monarchiste et catholique. Du riche domaine de son épouse - plusieurs milliers d'hectares - il fit une propriété digne de sa position politique. Le roi Charles X l'avait fait comte, en 1827, et en 1846, il construisit Azy.

Un architecte angevin, Delarue, se chargea des plans et la Nièvre eut ainsi une demeure comme l'Anjou en possède des douzaines, mais qui, dans la région, est seule de son espèce. Viollet-le-Duc ne sévissait pas encore dans ce coin reculé et Delarue a préservé le château des fioritures médiévales, sans toutefois oublier les tours et les toits pointus, dans le ton romantique de la bataille d'Hernani et du lyrisme des Burgraves. C'est typiquement la résidence de campagne, faite pour la vue et le repos, où la clarté et le confort sont dans toutes les pièces, dans cette construction soignée en beau matériau.
Un escalier de pierre, avec sa rampe à balustres et ses pilastres finement ouvragés, part avec élégance du hall d'entrée, dont le carrelage bicolore est un joli travail.

Les Benoist d'Azy étaient des gens de goût et les dessus de porte, peints par Van Loo ou Boucher, en témoignent, comme les panneaux de papier peint, représentant la chasse, qui viennent de l'Exposition de Londres de 1849 et décorent la salle à manger.

Le fils de Denis Benoist d'Azy, Paul, fut aussi brillant que son père. Polytechnicien, il parcourut l'Europe pour parfaire ses connaissances et dirigea, dans la région, les forges de Fourchambault, de Torteron et d'lmphy, faisant figure de révolutionnaire parce qu'il accordait autant d'importance au bien-être social de ses ouvriers qu'à la bonne marche de ses affaires.

Fernand de Saint Simon.